Venezuela: l'aide humanitaire commence enfin à arriver

Venezuela: l'aide humanitaire commence enfin à arriver Featured

Alors que des premiers camions arrivent, Nicolas Maduro a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec la Colombie.

L'épreuve de force a commencé au Venezuela ce samedi, jour durant lequel devait commencer à arriver l'aide humanitaire de l'étranger, refusée d'avance par le président Maduro. En début d'après-midi, quatre camions, sur lesquels sont juchés des dizaines de volontaires, tentaient samedi de forcer le passage depuis la Colombie, selon des images diffusées en direct par la télévision vénézuélienne. Dans la foulée, Nicolas Maduro a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec la Colombie. 

Au même moment, onze militaires et deux policiers vénézuéliens désertaient en franchissant la frontière vers la Colombie à Cucuta, là même où tentaient de passer ces camions. 

Un peu plus tôt, l'opposant Juan Guaido annonçait en effet l'entrée - réussie cette fois - des tout premiers camions d'aide par la frontière brésilienne. "Attention Venezuela: nous annonçons officiellement QU'EST ENTRÉ le premier chargement d'aide humanitaire depuis notre frontière avec le Brésil. C'est un grand succès, Venezuela !" a-t-il indiqué sur Twitter. 

Le président contesté du Venezuela, Nicolás Maduro, y voit une tentative déguisée d'intervention militaire américaine et a fermé vendredi trois principaux ponts frontaliers. Un quatrième, celui de Tienditas, est bloqué avec des conteneurs par l'armée depuis début février. 

"Du bon côté de l'histoire"

Défiant le leader chaviste, Guaido avait bravé vendredi un ordre judiciaire lui interdisant de quitter le territoire national, affirmant que l'armée, pilier du régime chaviste, avait "participé" à cette opération. L'opposant avait fixé ce samedi comme date butoir pour l'entrée au Venezuela des vivres et des médicaments, essentiellement fournis par les Etats-Unis.  

"L'appel aux forces armées est très clair: bienvenus du bon côté de l'histoire, bienvenus les militaires qui aujourd'hui se mettent du côté de la Constitution", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse, en référence notamment à cinq soldats de la Garde nationale bolivarienne qui ont déserté samedi et franchi la frontière colombienne, selon le service migratoire colombien.  

Des incidents en plusieurs points

Plusieurs heurts ont éclaté pourtant, sans faire de victimes, quand les militaires vénézuéliens ont voulu disperser des centaines de manifestants exigeant aux frontières le libre passage des convois humanitaires: faisant usage de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc, les soldats ont dispersé la foule dans la ville de San Antonio del Tachira, pour empêcher plusieurs centaines de personnes de se diriger vers le Pont Simon Bolivar, principal passage piéton entre la Colombie et le Venezuela. 

D'autres incidents avaient également éclaté le matin contre une foule vêtue de blanc en grande majorité, massée sur le pont Francisco-de-Paula-Santander u peu plus au nord, qui matérialise la frontière entre Cucuta, côté colombien et la localité d'Ureña, côté vénézuélien. 

"Entrez du bon côté de l'histoire", clamait une des pancartes brandie par les manifestants. "Je suis venu apporter mon grain de sable à la lutte. C'est un moment historique, les militaires vont céder, j'ai confiance" a affirmé sur place à l'AFP Neyerson Cisneros, un psychologue de 29 ans. Au moins deux manifestants ont été arrêtés, selon les équipes de l'AFP. 

Guaido risque d'être arrêté

Les deux leaders vénézuéliens concurrents ont simultanément appelé leurs partisans à descendre dans les rues de Caracas samedi, Guaido pour exiger le libre passage de l'aide, Maduro pour dénoncer ce qu'il considère comme une "tentative d'intervention militaire". 

Vêtus de rouge et brandissant des drapeaux aux couleurs nationales - bleu, rouge, jaune - des centaines de partisans de M. Maduro défilent en affirmant que "90% de la population refuse une intervention des Etats-Unis". "Maduro, le peuple est avec toi" crie la foule. "Yankee Go Home" exige le tee-shirt d'un jeune homme. 

Outre la fermeture des grands ponts avec la Colombie et celle de la frontière terrestre avec le Brésil, M. Maduro a également suspendu les liaisons avec l'île néerlandaise de Curaçao, autre point de stockage de l'aide, tandis qu'il avait ordonné jeudi la fermeture de la frontière avec le Brésil. 

Juan Guaido, arrivé par surprise en Colombie, n'a pas précisé quand ni comment il comptait regagner le Venezuela, où il risque d'être arrêté pour avoir violé l'interdiction de sortie décrétée par la justice fidèle au régime. 

Le rôle des militaires apparaît plus que jamais déterminant. Le président colombien Ivan Duque, qui condamne "la dictature" de Maduro, et son homologue chilien Sebastian Piñera ont appelé les militaires à rejoindre le "juste côté de l'Histoire" en permettant l'entrée de l'aide. 

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