Pour le président turc, «les droits légitimes de la Turquie et des chypriotes turcs sur les ressources énergétiques de la Méditerranée orientale ne sont pas sujets à discussion». Pour le président turc, «les droits légitimes de la Turquie et des chypriotes turcs sur les ressources énergétiques de la Méditerranée orientale ne sont pas sujets à discussion».

Gaz en Méditerranée: Erdogan montre les muscles Featured

Depuis le début du mois de mai, des échanges particulièrement véhéments autour de l’exploitation de vastes gisements d’hydrocarbures opposent la Turquie à la République de Chypre. Bruxelles et Washington ont appelé au calme, sans succès.

Les gigantesques ressources gazières en Méditerranée orientale n’ont pas fini d’attiser les tensions entre les grandes puissances. Quelques mois après que le géant pétrolier américain ExxonMobil a annoncé avoir trouvé «l’un des plus grands gisement de gaz naturel découverts à travers le monde ces deux dernières années», dans les eaux chypriotes, les tensions entre la Turquie, l’Union européenne et les États-Unis ont à nouveau atteint un seuil critique ces derniers jours. En jeu: l’exploitation de ces énormes gisements, et les retombées économiques qui en résultent.

Début mai, la Turquie a ouvert les hostilités en annonçant dans un message NAVTEX (le service international de messages maritimes) son intention d’envoyer un navire dans la zone économique revendiquée par la République de Chypre, afin d’y conduire des opérations de forage pétrolier et gazier. Baptisé «Fatith» («le conquérant», en turc), le bateau doit être épaulé par d’autres bâtiments et fait partie de la stratégie offensive du président turc Recep Tayyip Erdoğan: pour l’ancien maire d’Istanbul, le produit de l’exploitation de ces ressources d’hydrocarbures doit absolument être partagé avec les Chypriotes Turcs, qui vivent dans la partie nord de l’île sous protection d’Ankara, ainsi que par les Turcs. Ce à quoi Nicosie rétorque qu’une solution au «problème chypriote» doit d’abord être trouvée avant que la question du partage soit abordée.

La venue d’un navire turc dans la ZEE chypriote a été immédiatement dénoncée par les autorités de l’île: «il s’agit clairement d’une violation du droit international», a tempêté le président Nicos Anastasiades, qui est allé jusqu’à qualifier l’événement de «seconde invasion» turque, après l’intervention de troupes d’Ankara sur l’île en 1974, qui a conduit à la partition de Chypre. «Cette provocation de la Turquie constitue une violation flagrante des droits souverains» chypriotes, a martelé de son côté le ministère des Affaires étrangères de l’île.

De son côté, son homologue turc s’est posé en défenseur des citoyens de la «République turque de Chypre du nord», nation non reconnue par la communauté internationale et située dans la partie nord de l’île: «les droits légitimes de la Turquie et des Chypriotes Turcs sur les ressources énergétiques de la Méditerranée orientale ne sont pas sujets à discussion», a notamment asséné le président turc. Des déclarations guerrières qui interviennent dans un contexte délicat pour le chef de l’État, empêtré dans une crise politique depuis les élections municipales, et alors que le pays est entré en récession pour la première fois depuis 2009 en mars dernier.

Washington et Bruxelles mettent la Turquie en garde

Cette brusque montée des tensions a entraîné une réaction rapide de la part des autorités américaines et européennes, qui ont aussi des intérêts sur place: membre de l’Union européenne, Chypre a signé des accords avec des compagnies pétrolières de plusieurs nations, dont le français Total, l’italien ENI et l’américain ExxonMobil pour l’exploitation de ses ressources gazières et pétrolières. «Nous appelons instamment la Turquie à faire preuve de retenue, à respecter les droits souverains de Chypre et à s’abstenir de toute action illégale à laquelle l’Union européenne répondra de manière appropriée et en pleine solidarité avec Chypre», a ainsi déclaré la cheffe de la diplomatie de l’Union, Federica Mogherini, dans un communiqué. Une posture de fermeté suivie outre-Atlantique: «les États-Unis sont profondément préoccupés par les intentions» turques, a écrit le département d’État américain, dénonçant une démarche «hautement provocatrice» qui «risque d’entraîner des tensions dans la région». Washington demande donc à Ankara de «cesser ces opérations» au plus vite.

Peine perdue: la Turquie a balayé ces appels au calme d’un revers de la main, en opposant une fin de non-recevoir. Refusant des demandes américaines «irréalistes», Ankara défend ses droits sur le plateau continental, et rappelle n’être pas concerné par les accords de délimitation maritime entre le gouvernement chypriote et d’autres pays méditerranéens. «Les tentatives de parties tierces de se substituer aux tribunaux internationaux pour délimiter des frontières maritimes sont inacceptables», avertit donc le ministère des Affaires étrangères turc.

Escalade des tensions

Et, après plusieurs jours d’escalade, la situation ne semble pas près de s’apaiser: «L’UE devrait envisager de recourir à des mesures restrictives à l’encontre des personnes impliquées dans des actions illégales commises par la Turquie dans la zone économique exclusive» chypriote, a déclaré Nicosie, quand le ministère de la Défense de la République de Chypre a promis que des «mesures» seraient prises sur «divers fronts pour mettre fin à la violation flagrante de la Turquie». «Nous ne nous arrêtons pas ici», a prévenu le ministre, Savvas Angelides. De son côté, la France«réaffirme son attachement indéfectible au respect du droit maritime international», à la «souveraineté de Chypre» et appelle Ankara à «éviter de se livrer à un acte de provocation [...] qui ne peut que renforcer les tensions dans une région qui a besoin de stabilité».

En face, le porte-parole du parti présidentiel turc AKP, Omer Celik, a adressé une mise en garde sans ambages aux autorités chypriotes, en leur conseillant de «se souvenir de 1974 et de le garder en mémoire». Une référence à peine voilée à l’intervention militaire turque sur l’île, qui a conduit finalement à la partition du pays voilà plus de quarante ans. Le ministre des Finances turc, Berat Albayrak, a précisé quant à lui qu’un second navire de forage devrait être envoyé «dans les prochains jours» sur place, malgré la situation déjà tendue.

Ce lundi, le ministre de la Défense turc, Hulusi Akar, a promis que le pays défendrait ses droits en Méditerranée. Ankara a également bandé les muscles, en lançant le «plus grand exercice» de sa marine, auquel 131 navires, 57 avions et 33 hélicoptères doivent participer dans les mers Egée, Noire et en Méditerranée. Pendant ce temps, le ministre chypriote des Affaires étrangères, Nikos Christodoulides, rencontrait ses homologues européens, à Bruxelles, pour tenter de définir une réponse commune à la situation en cours.

Read 10 times Last modified on mercredi, 15 mai 2019 19:52
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