« Panama papers » : le gouvernement islandais annonce des élections anticipées Featured

Les deux partis au pouvoir en Islande ont à nouveau tenté de calmer la colère de la rue, mardi 6 avril au soir, en annonçant l’organisation d’élections législatives anticipées cet automne. Le premier ministre, Sigmundur David Gunnlaugsson, a par ailleurs bien confirmé qu’il démissionnerait de son poste pour être remplacé par son ministre de l’agriculture et de la pêche, Sigurdur Ingi Johannsson.

Le gouvernement islandais est contesté de toute part depuis que les journaux associés à l’opération « Panama papers » ont révélé dimanche 3 avril que trois de ses membres, dont M. Gunnlaugsson, étaient liés à des compagnies offshore. Après avoir longtemps assuré que sa société sise aux îles Vierges britanniques était parfaitement légale, le chef du gouvernement avait accepté mardi avec grande difficulté d’être écarté de son poste. Fuyant les médias, il n’a, depuis, pas exprimé de remord ni donné d’explications.

Mercredi 6 avril au soir, sa démission n’avait d’ailleurs toujours pas été techniquement déposée. Au contraire, il avait passé la journée à négocier son avenir auprès des membres de sa coalition. Il a notamment réclamé – et obtenu – que ce soit M. Johannsson, le vice-président de son parti, qui le remplace. Très lié aux riches familles de pêcheurs islandaises, ce ministre dénué de tout charisme est un proche qui l’a défendu jusqu’au bout. Surtout, M. Gunnlaugsson devrait redevenir député et rester président de leur formation, le Parti du progrès (libéral). De quoi lui préserver un rôle important dans la coalition gouvernementale qu’il forme avec le Parti de l’indépendance (conservateurs).

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Mis à part ce petit jeu de chaises musicales, l’ensemble du gouvernement devrait rester en place jusqu’aux nouvelles élections, y compris les ministères des finances et de l’intérieur, pourtant eux aussi épinglés dans les « Panama papers ». « Il n’y aura pas de changement de politique. Nous prévoyons d’organiser des élections cet automne », a ainsi promis le nouveau premier ministre devant des dizaines de journalistes du monde entier. Pourquoi n’avoir pas dissous le Parlement comme le réclament la rue et l’opposition ? « Nous avons encore beaucoup de travail à faire », a-t-il répondu, se refusant à donner une date précise pour le nouveau scrutin. « Les manifestants auront l’opportunité de voter cet automne, nous avons une majorité très claire au Parlement », a abondé, visiblement énervé, le ministre des finances et leader du Parti de l’indépendance, Bjarni Benediktsson. Depuis la démission de M. Gunnlaugsson, il est devenu la principale cible des centaines d’Islandais qui manifestent tous les soirs devant le Parlement.

Les partis d’opposition ont tous accueilli très froidement cette annonce, promettant de déposer une nouvelle motion de censure contre ce gouvernement. Elle devrait être examinée dès vendredi 8 avril. « Le premier ministre démissionne, ils reculent, mais ils n’ont toujours pas condamné les compagnies offshore ni l’évasion fiscale », a fustigé Katrín Jakobsdottir, chef de file du mouvement Rouge-Vert. L’opposition voudrait une dissolution immédiate et la convocation d’élections dans les quarante-cinq jours. « Les gens dehors ne veulent pas attendre jusqu’à cet automne », a assuré la leader du Parti pirate, Birgitta Jonsdottir. Des appels àmanifester ont déjà été déposés pour les prochains jours.

Les sondages sont déplorables pour le gouvernement, deux tiers des Islandais réclamant la démission de tous les ministres mis en cause. En cas de nouvelles élections, les deux partis au pouvoir seraient largement battus, avec moins de 30 % à eux deux, alors que certains sondages créditent le Parti pirate de 43 % des voix. Un contexte qui explique en grande partie pourquoi les responsables de la droite veulent à tout prix éviter les urnes. Avec une large majorité de 38 sièges sur 63, ils sont normalement en mesure de repousser sans difficulté la motion de censure. Mais il n’est pas sûr que cela suffise à calmer la colère des Islandais.

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