Simon Doho répond à Anne Ouloto: Les tueries des Wê ont été clairement planifiés et organisés

Simon Doho répond à Anne Ouloto: Les tueries des Wê ont été clairement planifiés et organisés Featured

 

l'honorable Simon Doho, député de Bangolo sous préfecture a tenu à apporter un droit de réponse aux propos de la ministre Désirée Anne Ouloto au sujet de la question du génocide du Wê. ci dessous sa déclaration reçu par Diaspo TV.


Suite à l’actualité politique de ces dernières semaines, il me revient constamment que plusieurs personnes s’interrogent sur ma position quant à la question des graves exactions subies par les populations des groupes Wê pendant la grave crise sociopolitique qui a défiguré, voir déstructuré notre pays pendant une décennie (décembre 2002 à avril 2011).

Dans le contexte actuel de luttes de positions extrêmes et tranchées qui se sont malheureusement et  solidement ancrées dans notre pays depuis, ma position n’a pas variée.
Ma position relève d’une volonté d’apporter ma contribution, en tant que fils, à la reconstruction de la Côte d’Ivoire d’autant et ce, de manière constante, le pays de la fraternité et de la prospérité.

Ma position, en tant que Chrétien engagé à la recherche de la paix pour bâtir une nation stable dans la durée, passe nécessairement par la recherche de la vérité pour être un acteur crédible de la vraie réconciliation entre des frères et des sœurs déchirés, blessés dans leurs chairs.

J’ai eu la chance, entre 2013 et 2015, comme facilitateur, d’assister Madame Aïchatou Mindaoudou, représentante spéciale du Secrétaire Générale de l’ONU en Côte d’Ivoire, et son équipe dans plusieurs tournées, dans tout l’Ouest Montagneux, en faveur de la réconciliation et la mise en œuvre de projets multisectoriels menées par le Système des Nations Unies en Côte d’Ivoire.

Ces nombreuses tournées m’ont permises de toucher du doigt la réalité des désastres de la crise. Partout, dans des villages du Tonkpi, du Guemon, du Cavally, j’ai vu sur les visages, dans les villes, villages et campements une blessure béante que la crise a laissé à notre pays. Dans les différents témoignages, j’ai découvert l’invisible, vu les horreurs de la guerre, la douleur extrême des morts, j’ai vu la douleur profonde des vivants, la pauvreté, j’ai vu les vieux et les vieilles de 50 ans traîner des stigmates.

A DUEKOUE le 22 décembre 2014 lors de l’installation du Conseil de paix des chefs traditionnels et des communautés créé sur mon initiative avec le soutien de l’ONUCI, et en ma qualité de membre du Comité de Suivi, en présence de 1500 chefs traditionnels et de communautés du Guemon, de Madame Mariatou Koné (anciennement Directrice du PNCS et aujourd’hui membre du Gouvernement) ainsi que du corps préfectorale de la Région, j’ai prononcé, tout en sanglots, ces mots et je cite:

Qui l’aurait cru ? Chers frères, chers sœurs ?

Hier c’était le temps de la haine et de la désolation;
Regardons derrière nous, Regardons les champs, les maisons dévastés de nos frères, de nos sœurs, de nos mères;
Regardons les villages, les quartiers détruits,
Regardons nos morts qui gisent sur les routes des campements, des villages;
Regardons les marques profondes de la guerre de la guerre sur les visages de nos frères, de nos sœurs,
Écoutons les cris de leurs cœurs; ces cris , ces pleurs, ce sont ceux de nos frères , de nos sœurs, de nos mères, de nos pères ;
Ce sont les cris et les pleurs des Wê, des Malinké, des Senoufo, des Akan, des originaires de la CEDEAO;
Ce sont tous nos parents….

Fin de citation.

Les mots que j’ai prononcés ce jour-là traduisent clairement ma position et expliquent les fondements de toute mon action en faveur de la paix et de la réconciliation dans notre pays :

Premièrement, toutes les composantes de la riche diversité de nos populations vivants dans l’Ouest montagneux ont subi les affres de la guerre, qu'elles soient autochtones (Wê, Dan), allogènes (Akan, Krou, Mandé, Malinké ou autres) ou allochtones originaires des pays comme le Burkina, le Mali, Guinée. Elles ont toutes été marquées par la douleur causée par le désastre.

Deuxièmement, au-delà des statistiques connues de tous, la grande majorité des morts appartient au groupe Wê du Guemon et du Cavally; les villages et maisons détruits, les biens matériels emportés sont pour la plupart ceux des Wê.

Troisièmement, la spirale des attaques entre des groupes armés,  issus des populations autochtones et allogènes ou allochtones, est la conséquence directe d’une regrettable association des derniers cités aux assaillants; la résultante est une fracture entre des populations qui vivaient pourtant paisiblement ensemble.

Quatrièmement, les assaillants avaient clairement pris pour cible les populations autochtones Wê, identifiés comme étant majoritairement partisans du président Laurent Gbagbo. Les tueries massives des populations allogènes innocentes ou résistantes, plus particulièrement le groupe Wê, ont été clairement planifiés, organisés par les assaillants.
Dans le Tonkpi, les assaillants avaient réussi à mettre le groupe Dan de leur côté prétextant qu’ils voulaient venger le Général Guéi mort dès les premières heures de l’attaque armée du pays le 9 septembre 2002.


Ma position prend sa source dans le vécu des témoignages recoupés, des écoutes attentives, de toutes les communautés vivantes dans cette vaste partie de notre pays.

Ce qui s’est passé dans notre pays est grave et trop douloureux. La réalité des discussions dans tous nos foyers encore aujourd’hui nous montre que les plaies sont encore profondes. Nous avons donc la responsabilité historique de travailler ensemble à leur guérison. La route vers la Côte d’Ivoire réconciliée est encore longue.

Je  voudrais, encore et encore, m’incliner devant la mémoire de tous les fils et filles de notre pays ainsi que tous nos autres frères et sœurs originaires des pays africains, européens disparus.

Je voudrais également compatir, de tout mon cœur, avec tous ceux et toutes celles qui ont perdus un proche dans cette épreuve indescriptible.

Je voudrais, en ce qu’il concerne la reconstruction et le retour définitif de la paix, m’inspirer de la phrase du philosophe Paul Dorey inscrite à l’entrée principale du Mémorial de la Paix à CAEN et je cite :

La douleur m’a brisée, la fraternité m’a relevée , de ma blessure a jailli un fleuve de liberté.

La fraternité, c’est bien elle qui relèvera l’Eléphant qui s’est affaissé comme elle l’a faite pour les grandes nations et plus proche de nous le Rwanda.

La fraternité traduit ici la volonté d’une nation à se tracer un nouveau destin après un temps de crise, un temps de douleur. Il s’agit de transcender les différences, de capitaliser sur les complémentarités des diversités ethniques, politiques, religieuses pour bâtir une nouvelle nation. La fraternité  agissante, en action, participe à consolider les fondements de la nouvelle nation pour relever comme un bloc indivisible les défis d’aujourd’hui et de demain. La nation devient un nouveau corps solide, qui recherche un équilibre permanent de toutes ses composantes dans sa marche en avant. Elle est le lien de l’union dans la diversité. La fraternité est le moteur qui engage la nation toute entière vers un nouveau projet pour aujourd’hui et pour les générations futures.

Comment activer ce facteur immatériel qui a produit autant de résultats qualitatifs pour les nations, les peuples hier divisés ?

Le retour de la fraternité passe nécessairement par la prise de conscience de nos erreurs, de nos fautes et de leur reconnaissance publique. Sans repentance vraie, il n’y aura pas de pardon et sans pardon sincère, il n’y aura pas de réconciliation vraie.

Le retour de la fraternité passe aussi par la réalisation d’actions concrètes qui traduisent notre volonté d’être ensemble, de marcher ensemble, de partager la même vision de l’avenir de  notre quartier, notre village, notre ville, notre pays. La fraternité doit se vivre, s’exprimer  à tous les niveaux de la vie de la nation, sans qu’une composante de la communauté utilise les autres composantes comme un faire-valoir.

 Ces deux démarches complémentaires menées de manière sincères produiront  la réconciliation vraie  qui renforcera notre fraternité.

 C’est ce chemin  seul qui nous permettra de rebâtir ensemble  la Côte d’Ivoire a laquelle nous rêvons tous, une Côte d’Ivoire fraternelle et prospère parmi les nations.

 Au bout de ce chemin, il y a la liberté des énergies de tous les enfants du pays en action. Il y a aussi de nouveaux degrés de libertés pour exploiter le grand potentiel de notre nation qui dort, un potentiel qui est bridé par nos égoïsmes.

 La douleur nous a brisée, la fraternité retrouvée, par notre  propre volonté et notre engagement au dessus des intérêts du moment, nous relèvera. Et de nos blessures alors jaillira un fleuve de liberté pour notre bonheur et celui de nos enfants.

 Pour ma part, je continuerai mon combat, celui que j’ai commencé depuis mon retour sur ma terre natale en 2012.

 J’ai commencé ce combat dans mon église en soutenant une association chrétienne qui, sur le modèle du Rwanda, travaille pour la guérison intérieure et la réconciliation parmi les personnes blessées, fragilisées par la crise dans toutes les régions de la Côte d’Ivoire.

 Dans la Région du Guémon dont je suis originaire, j’ai contribué à la création du Conseil de paix des chefs traditionnels et de communautés dont le siège, don de l’ONUCI, est devenu en peu de temps un véritable catalyseur de la cohésion sociale. C'est à dessein que nous l'avons baptisé «  Maison de la Fraternité »

 J’ai aussi lancé les projets du grand Zibiao ensemble et du Guémon Ensemble qui ont trouvé, de manière  éclatante, l'adhésion majoritaire des populations dans toutes leurs composantes. La preuve tangible de l’aspiration profonde de nos compatriotes à reconstruire une nation arc-en- ciel vraie.

 Ces progrès encourageants et certains événements malheureux dans certaines zones de notre pays, me  donnent donc des raisons de poursuivre mon combat; le combat de la majorité pour la Côte d’Ivoire Ensemble.

Il est encore temps pour agir, il est encore  temps  de poser des actions concrètes, dénués de tout calcul, dans le seul intérêt de souder les peuples frères que nous formons pour fonder une véritable nation.

Je continuerai d’apporter, en toute humilité, ma contribution à la réconciliation vraie pour mon pays partout ou j’en aurai l’occasion.

Que Dieu nous bénisse la Côte d’Ivoire.

 

Simon Z. DOHO, DÉPUTÉ

retranscrit par Tonia Zonsédoué pour Diaspo Tv

Read 65 times Last modified on lundi, 20 mai 2019 19:05
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