Les Fennecs joueront leur première finale de Coupe d’Afrique des nations face au Sénégal, près de trente ans après avoir remporté la compétition sur leurs terres. Les Fennecs joueront leur première finale de Coupe d’Afrique des nations face au Sénégal, près de trente ans après avoir remporté la compétition sur leurs terres.

CAN 2019 : Riyad Mahrez envoie l’Algérie en finale Featured

Les « Z’hommes » ont vaincu. L’Algérie s’est qualifiée, dimanche 14 juillet, pour la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) après avoir battu le Nigeria (2-1) dans les dernières secondes du match. Une première depuis 1990, l’année où les Fennecs avaient remporté sur leurs terres leur seul tournoi. Les Verts ont maîtrisé la demi-finale face à des Super Eagles qui n’ont jamais su prendre leur envol. Ils retrouveront le Sénégal pour la finale, vendredi 19 juillet, à 21 heures, au stade international du Caire.

Le jour de gloire est enfin arrivé en sélection pour la pépite algérienne, Riyad Mahrez. A la 40e, le capitaine s’est infiltré sur le côté droit de la surface des Nigérians avant de centrer ; le tir doublement contré a rebondi sur le malheureux défenseur William Troost-Ekong et le cuir a fini sa course dans les filets de son gardien. Le reste du temps, les Fennecs ont géré ; le Nigeria n’est jamais rentré dans sa demi-finale, comme si les joueurs de Gernot Rohr avaient été tétanisés par l’enjeu ou de se retrouver face aux Algériens.

Alors qu’ils contrôlaient le match, malgré un périlleux repli défensif en seconde période, la demi-finale a basculé pour eux à la 76e : l’arbitre a accordé un penalty pour une main d’Aïssa Mandi après avoir eu recours à l’assistance vidéo (VAR). Cette dernière, supervisée par le Néerlandais Pol Van Boekel, a bien failli anéantir les Algériens. Revenus au score, les Nigérians ont poussé mais dans les dernières secondes, les Fennecs ont obtenu un coup franc, juste à l’entrée de la surface. Riyad Mahrez s’en est chargé. Sublime lucarne à la 95e. Un match se joue jusqu’au coup sifflet final. Règle élémentaire du football.

Quelques secondes plus tard, les Fennecs ont pu laisser éclater leur joie, tout comme les journalistes algériens, et les milliers de supporteurs qui sont venus d’Alger ou d’Oran le matin même. Les larmes ont encore coulé.

Des supporteurs algériens venus en masse, malgré le prix

Cet exploit-là, tout un peuple l’attendait. « Je suis venu assister au triomphe de l’équipe nationale », assure Lotfi, un commerçant de 29 ans, venu le matin de Constantine avec ses amis. Ces supporteurs sont toujours autant surpris lorsqu’on leur demande pourquoi ils ont payé 35 000 dinars – soit deux fois le smic, et l’équivalent de 160 euros (au marché noir) – pour venir assister au match. « Parce que moi, je suis un Algérien de l’Algérie », insiste Mehdi, 22 ans, perruque verte et rouge sur la tête. « C’est un devoir national », enchaîne Aimen Cheriet, dirigeant d’une entreprise.

Feriel, 24 ans, est venue de Frankfort. « J’étais en vacances et dès que j’ai vu que l’Algérie s’était qualifiée pour les demi, on a pris nos billets pour Le Caire, explique cette étudiante en génie civil qui vit au Canada. Je voulais voir l’équipe nationale en vrai. Et cette ambiance ! Ils sont fous ces Algériens. Ils sont tous fiers. Le pays, c’est plus que tout. C’est un feeling très spécial. »

Des milliers de supporteurs arrivés d’Algérie sont rentrés comme des fauves, déchaînés, euphoriques dans le stade. Le temps d’une demi-finale, ces supporteurs ont privatisé l’arène du Caire. Certains se sont filmés en direct sur Facebook pour faire profiter les copains ou la famille restée au bled. Ils se sont mis à courir dans les travées entre des gardiens qui priaient et les policiers qui mangeaient sur une petite table des cacahuètes, du raisin et des graines de tournesol. Des drapeaux marocains ont été brandis : désormais tout le Maghreb s’est uni autour de la bannière verte et rouge. Et les Tunisiens – les Aigles de Carthage ont été éliminés face au Sénégal – seront aussi derrière leurs « frères » algériens.

Avant le coup d’envoi, la sono a joué du raï et du Cheb Khaled, les Egyptiens ont donc choisi leur camp : ils ont acclamé les Algériens à l’entrée de la pelouse ; certains ont même revêtu le maillot des Fennecs et se sont ralliés au chant des Verts en entonnant des « One, two, three, viva l’Algérie », et des « Tahia Djazaïr », « Vive l’Algérie » en arabe. Qui aurait cru que cet « ennemi », depuis notamment un match en 2009 qui s’était mal déroulé, deviendrait une fervente groupie ? « Je suis venu soutenir les Algériens, ce sont des Arabes comme nous », raconte Mahmoud, 24 ans. Des centaines d’autres Egyptiens sont venus au stade parce qu’ils pensaient, lorsqu’ils ont acheté leurs billets, que les Pharaons seraient présents à ce stade de la compétition (ils ont été éliminés en huitièmes).

Pendant près de deux heures, les Algériens n’ont pas cessé de chanter pour encourager leur équipe sous une chaleur écrasante (34 °C). Ils ont repris La Casa del Mouroudia, un chant qui dénonce avec lyrisme et désespoir les vingt ans calamiteux du règne d’Abdelaziz Bouteflika. Et à la 22e, ils ont crié le nom d’Aboutrika, cet ancien international égyptien, qui portait le numéro 22, et qui vit aujourd’hui en exil au Qatar pour s’être opposé au maréchal Al-Sissi. Tout est politique avec les supporteurs algériens…

Les honneurs reviennent à Djamel Belmadi

En six matchs, les Fennecs ont impressionné : douze buts marqués, deux encaissés. Ils reviennent de loin… Depuis le Mondial 2014, l’Algérie avait accumulé les mauvais résultats : quarts à la CAN 2017, éliminée dès le premier tour à l’édition suivante, non qualifiée au Mondial 2018. Six entraîneurs se sont succédé en quatre ans. Il a fallu l’arrivée de Djamel Belmadi, en août, pour que l’Algérie retrouve son âme, celle d’une équipe au jeu technique et séduisant.

L’Algérie n’avait pas revu une demi-finale depuis 2010. « Je ne pensais pas qu’on arriverait à ce niveau. C’est Djamel Belmadi qui a fait tout cela. C’est un monsieur avec un grand M parce qu’il est courageux avec toutes ces critiques qu’il a pu revoir, il a donné sa réponse sur le terrain », s’enthousiasme Karim, 26 ans, originaire de Sétif. « Et même si on avait perdu face au Nigeria, nous ne l’aurions pas vécu comme un échec parce qu’on a gagné une équipe », se réjouit un autre supporteur.

Pour l’ancien international Halim Ben Mabrouk (1986-1989), Djamel Belmadi ne pouvait que réussir : « C’est un rassembleur, il sait gérer les groupes et les ego surtout avec nous les Algériens. Il est humble. Même s’il semble froid et pas facile d’accès, il a un grand cœur. Il a su gérer ce groupe talentueux avec brio. Il sait passer les messages et se montrer autoritaire. » Djamel Belmadi est à une marche de l’histoire, lui sait à quel point une victoire pourrait faire du bien à un peuple qui défie le pouvoir en Algérie depuis le 22 février.

Les Algériens sont partis faire la fête : des commerçants autour du stade ont profité de leur présence pour augmenter les prix. Ils ont promis de rester jusqu’à vendredi. Les autorités algériennes ont prévu des avions militaires pour transporter encore plus de supporteurs vendredi 19 juillet. Ce soir-là, Le Caire sera l’autre capitale de l’Algérie…

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