Communiqué de presse de l’AFFDO-CI relatif à la détention abusive des détenus d’opinions de Côte d’Ivoire

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L’Association des Femmes et Familles des Détenus d’Opinion de Côte d’Ivoire

(AFFDO-CI) tient, par le présent communiqué, à appeler l’attention de l’opinion nationale et internationale, des représentations diplomatiques, des organisations nationales et internationales de défense des droits de l’Homme, ainsi que l’ensemble des défenseurs des libertés individuelles et de des droits fondamentaux à travers le monde entier, qu’à ce jour, plusieurs centaines de citoyens demeurent encore abusivement privés de leur liberté en Côte d’Ivoire.

L’AFFDO-CI trouve l’occasion appropriée pour relever que la déclaration du Chef de l’Etat, faite à l’occasion du nouvel an le 31 décembre 2015, et portant promesse de libération de 3100 détenus, par voie de grâce présidentielle, n’a connu aucune matérialisation dans les faits.

En effet, consécutivement à une telle annonce, seuls les détenus DOUADE Gildas et KOUAME Richmond ont pu, à ce jour, jouir d’une libération effective;

En revanche, la libération provisoire, annoncée le 11 mars 2016 par le parquet, au profit de 70 autres détenus, n’est restée qu’au simple stade d’annonce.

Par ailleurs, l’AFFDO-CI porte à la connaissance de l’opinion publique que sur les 80 personnes arrêtées et inculpées dans la période du 5 au 30 septembre 2015, pour troubles à l’ordre public à l’issue des marches pacifiques, 77 personnes ont été condamnées à des peines privatives de liberté couvrant la durée de leur détention préventive, en sorte que ces personnes ont finalement recouvré la liberté.

Malheureusement, Messieurs DOUYOU Nicaise alias SAMBA David, DAHI Nestor et ESSOH Lorgn Richard, arrêtés dans les mêmes circonstances et pour les mêmes faits sont encore abusivement détenus.

Pour le premier, la DST a fait irruption dans la procédure pour requalifier le délit tandis que le dernier nommé attend son sort lors d’une prochaine délibération du tribunal dont la date demeure indéterminée. L’AFFDO-CI plaide spécialement pour leur libération sans délai car ils ont déjà épuisé leurs peines respectives.

Du point de vue de la situation générale des détenus d’opinion, l’AFFDO-CI relève que sur environ 300 détenus, 236 demeurent encore de simples inculpés dont les procédures font l’objet d’information judiciaire devant les cabinets d’instruction numéro 3, 4, 5, 8, 9 et 10.

C’est le lieu d’observer que du point de vue d’un traitement régulier de ces procédures, il n’y a que les procédures suivies devant le 10ème cabinet qui fassent l’objet d’un suivi acceptable juridiquement et humainement satisfaisant ayant pu permettre la prise d’ordonnance de mise en liberté provisoire de 21 inculpés détenus dans les différentes maisons d’arrêt et de correction du pays.

Ainsi, au titre des mesures de liberté provisoire accordées à ces détenus d’opinion, 8 sont sortis de la Maca et 13 des établissements pénitentiaires de l’intérieur du pays : Katiola (03), Toumodi (01), Séguela (03) et Bouna (06).

Certaines personnes sont toujours maintenues dans les liens de la privation de liberté tout juste au motif que leurs dossiers seraient en étude. Parmi elles, il faut citer les Ministres Hubert Oulaye, Assoa Adou et Lida Kouassi, Koua Justin pour ne citer que ces exemples car la liste est longue.

Il faut également rappeler que les procédures concernant plus de 100 personnes ont été communiquées à la chambre d’accusation, pour compétence.

L’AFFDO-CI note malheureusement que plus de 50 personnes, poursuivies pour des crimes d’opinion, ont été traduites devant la Cour d’assises et condamnées à de très lourdes peines privatives de liberté.

Ces condamnés se sont, à juste titre, pourvus en cassation, et attendent que la juridiction suprême vide sa saisine en faisant une saine application de la loi, rien que la loi.

Sur l’occurrence, il importe d’indiquer qu’après plus de 3 ans de détention préventive abusive, 13 accusés comparaitront encore devant la Cour d’assises au cours de cette année 2016.

L’AFFDO-CI affirme publiquement que la DST continue de servir de centre de torture de plusieurs détenus d’opinion.

Sur le cas des personnes en proie à la torture à la Direction de la Surveillance du Territoire (DST), l’AFFDO-CI est dans l’impossibilité absolue d’en estimer le nombre, tant ce redoutable endroit travaille en toute clandestinité loin du regard de l’opinion publique.

De ce fait, le régime y inflige quotidiennement des traitements déshumanisants et inimaginables à un nombre non négligeable d’ivoiriens par les commissaires Diomandé Inza (Directeur de la DST) et N’Gadi Firmin dit Adjoumani (commissaire auditionneur).

C’est pourquoi l’AFFDO-CI exhorte toutes les organisations de Défense des Droits de l’Homme à se rendre à la DST, afin de constater de visu les traitements infligés aux personnes qui y sont détenues de manière abusive pour leur opinion, torturées de jours comme de nuits, menottées durant leur détention.

Que le gouvernement permette à ces organisations de mener leurs propres investigations dans toutes les prisons d’accueil des détenus d’opinion.

En tout état de cause, l’AFFDO-CI qui a intégré que le règlement efficace des contentieux politiques ne saurait procéder d’une répression judiciaire inique, à l’encontre des acteurs-clé de la vie politique ivoirienne, en lieu et place des voies politiques appropriées, en appelle instamment au sens de l’intérêt de la nation, afin que leur liberté soit restituée à toutes ces personnalités, sans condition.

Au total, et quoi que la situation des détenus d’opinion en Cote d’Ivoire soit des plus catastrophiques, l’AFFDO-CI ne saurait s’abstenir d’apprécier, à leur juste valeur, tous les efforts déployés par les uns et les autres en vue du recouvrement de leur liberté pour le petit nombre qui en jouit à ce jour.

Aussi, l’AFFDO-CI tient à adresser particulièrement, ses sincères remerciements, aux personnes morales et physiques, aux représentations diplomatiques, aux organisations de défense des droits de l’Homme, ayant discrètement ou au travers de prises de positions courageuses, concouru à ces libérations.

L’AFFDO-CI, tout en remerciant, en particulier, toutes les Organisations de Défense des Droits de l’Homme, en appelle instamment à leur vigilance afin que leur regard constant sur ce qui se passe dramatiquement à la DST et dans les autres centres de détention pour délit d’opinion puisse contribuer à une fin rapide des pratiques déshumanisantes ayant cours en ces lieux.

L’AFFDO-CI demande au chef de l’Etat de faire trouver effet à sa promesse de libérer 3100 détenus le 31 décembre 2015 et 70 détenus le 13 mars 2016 au risque de donner à penser que ces annonces ne sont que de la communication mensongère fait à des fins de propagande politicienne. Ce qui alourdit la pression physique et psychologique pour les détenus et leurs familles dont l’AFFDO-CI se réclame.

L’AFFDO-CI renouvelle sa gratitude à l’endroit de l’opinion nationale et internationale, et réitère surtout sa nécessaire solidarité à l’ensemble des personnes abusivement maintenues dans les prisons sur l’ensemble du territoire national pour leur opinion.

Enfin, pour la dignité humaine et la réconciliation véritable, l’AFFDO-CI demande la libération de tous les détenus d’opinion.

Fait à Abidjan, le 01 avril 2016

Pour L’AFFDO-CI

RAISSA LAURIGNON

Première Secrétaire Générale Adjointe

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Porte-parole par intérim

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