Algérie : la diversité sociologique, clé de la longévité du mouvement

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People protest against President Abdelaziz Bouteflika's plan to extend his 20-year rule by seeking a fifth term in April elections, in Algiers downtown, Algeria, March 3, 2019. REUTERS/Zohra Bensemra

Chaque vendredi, trois manifestations réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes parcourent les rues d’Alger.

« Wallah ma rana habsine [Nous jurons que nous ne nous arrêterons pas] ». Décliné sur tous les tons depuis le mois de février, début de la contestation contre le régime, c’est le leitmotiv des dizaines de milliers de manifestants qui emplissent les grandes artères de la capitale chaque vendredi.

Plus que tout autre ville, Alger a une charge symbolique et politique particulière pour les manifestants comme pour les autorités, qui y déploient un imposant dispositif de sécurité. Sans s’opposer, pour l’instant, frontalement aux foules qui y défilent.

Ainsi, les jours de grande mobilisation, ce n’est pas une, mais trois manifestations qui parcourent les rues de la capitale pour converger vers l’esplanade de la Grande Poste. L’édifice de style néomauresque, une icône du centre-ville, est devenu le point névralgique de la contestation dans la capitale.Article réservé à nos abonnés 

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« C’est un moment inédit car tout le monde manifeste, la diversité sociologique de l’Algérie se retrouve et se brasse. Jeunes, familles, vieux : tous sortent. Les couches moyennes comme les quartiers populaires. Mais aussi des gens aisés, dirigeants d’entreprises, petits entrepreneurs, cadres, professions libérales », explique le sociologue Nacer Djabi, qui travaille sur la morphologie du mouvement. « La force du mouvement tient au fait qu’aucune classe n’avance de revendication socio-économique ou catégorielle. Il y a un objectif commun, une détermination collective à rompre avec le système », poursuit-il.

Chaque vendredi, les quartiers des hauteurs ouvrent le bal. Un premier cortège, constitué en grande partie d’hommes, de femmes et de familles issus des classes moyennes, de la petite bourgeoisie, mais aussi des élites, descend la rue Didouche-Mourad, l’artère commerçante du centre-ville. Un flux alimenté par ce que les Algérois appellent la « deuxième vague ». Celle des manifestants qui défilent après la grande prière du vendredi. Beaucoup viennent de la mosquée Al-Rahma. Située à quelques encablures de « Didouche », elle accueille plusieurs milliers de fidèles. Ceux qui ne prient pas attendent dans le triangle de rues environnantes.

Dimension familiale

Manifestation antigouvernementale à Alger le 15 octobre 2019.
Manifestation antigouvernementale à Alger le 15 octobre 2019. AFP

Quatre kilomètres à l’ouest, les quartiers de Bab-el-Oued et de la Casbah s’animent à la même heure. Plus populaire, festive, la marche « Bab-el-Oued-Casbah » arrive au pas de course à la Grande Poste, souvent animée par la présence des supporteurs des deux grands clubs de foot de la ville, l’USMA et le MCA. Un dynamisme qui habite aussi la troisième manifestation, celle des quartiers populaires de l’est (Belouizdad, Hussein Dey) et des banlieues, dont celle d’El-Harrach et de ses turbulents supporteurs, ceux de l’USMH, qui arrivent à la Grande Poste après une longue marche d’une dizaine de kilomètres, les transports étant suspendus par les autorités. C’est vers 15 heures que les « trois affluents du Hirak d’Alger donnent toute leur puissance », souligne Nacer Djabi.Article réservé à nos abonnés.

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Le sociologue insiste également sur la dimension féminine et familiale de la mobilisation. « La présence des femmes – dont beaucoup sont des femmes au foyer – est remarquable. Tout comme celle de parents défilant avec leurs enfants. C’est aussi ce qui explique une constante des manifestations : leur pacifisme. On n’envisage pas la violence lorsqu’on vient marcher avec un bébé accroché dans le dos, ou lorsqu’on accompagne un grand-père ou une grand-mère, voire des malades ou des handicapés. Cette diversité empêche les face-à-face exclusifs et à risques entre jeunes garçons et policiers », ajoute M. Djabi. C’est là une rupture avec les manifestations qu’a connues le pays ces dernières décennies : « Des mouvements urbains, impliquant des jeunes des quartiers populaires et tournant parfois à l’émeute. Ces mouvements, dus à la mal-vie, au mal-logement, bénéficiaient du soutien du reste de la population, mais sans que celle-ci ne s’implique dans la rue. »

Un nombre et une diversité qui rendent, pour l’instant, impossible un recours à la violence de la part des forces de l’ordre : « Celui qui ordonnerait un tel recours contre ces manifestations en payerait le prix politique. »

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Infographie Le Monde

Madjid Zerrouky

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