Centrafrique : Une enquête de l’ONU met évidence de possibles viols commis par des casques bleus.

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Centrafrique : le rapport accablant sur l'enquête de l'ONU après de possibles viols

Un audit en Centrafrique met en lumière de nombreux dysfonctionnements dans une enquête interne menée par les Nations Unies sur de possibles viols commis par des casques bleus.

Des casques bleus du Gabon et du Burundi indexés pour des viols sur des mineurs en Centrafrique.  

C’est une succession d’erreurs qui interroge. Un document interne de l’ONU met en lumière les manquements dans une enquête menée par les Nations Unies en Centrafrique dans le cadre de possibles viols par des casques bleus du Gabon et du Burundi, en grande partie sur des mineurs.  

Selon l’ONG CodeBlue, qui a dénoncé ces faits en 2016, 163 crimes sexuels se seraient produits à Dékoa, ville située à 250 kilomètres de Bangui. Un document d’une cinquantaine de pages dévoilé par le site The New Humanitarian rapporte des façons de faire quelque peu surprenantes; interrogatoires « humiliants », tests ADN laissés en pleine chaleur, soupçons de corruption ignorés…  

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Ce rapport fait office de première version d’un audit commandé en janvier 2017 par le directeur du Bureau des services de contrôle interne (OIOS) Ben Swanson dans le but de contrôler l’activité des différentes agences de l’organisation, détaille Le Monde. Le directeur a voulu évaluer sa propre enquête, menée donc à la suite d’accusations de viols commis par des casques bleus.  

Une atmosphère « humiliante » et « intimidante » envers les victimes

Tout débute en 2015 lorsque l’ONG International Rescue Committee (IRC) reçoit des témoignages mettant en cause des soldats français de l’opération « Sangaris » et des casques bleus burundais dans de potentielles violences sexuelles commises sur des femmes et des mineures entre 2014 et 2015. L’Unicef est alertée et une équipe se rend sur place. Première incohérence de cette enquête, puisque ce n’est pas à l’Unicef d’enquêter sur de telles allégations mais bien aux pays concernés, rapporte encore le quotidien.  

L’OIOS se charge ensuite de ce dossier et lance une opération entre avril et septembre 2016 qui durera 137 jours durant lesquels 437 auditions auront lieu. S’en suit alors une liste d’erreurs et d’imprécisions; auditions mal préparées et mal menées, informations parcellaires transmises par l’Unicef… 

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Selon le rapport, certaines auditions ont « mené au rejet de la demande de la victime », parce que « les enquêteurs ont échoué à questionner plus en détail des sujets importants qui auraient apporté plus de crédibilité à leur témoignage », peut-on lire. Est également décrite une atmosphère « humiliante » et intimidante » envers les victimes.  

Des tests ADN « pourris »

Le rapport observe également que la coopération entre les enquêteurs de l’OIOS et les soldats suspectés a été délicate et envisage la possibilité que certaines victimes aient été corrompues pour porter de telles accusations, sans répondre pour autant à toutes ces interrogations. Nos confrères expliquent par exemple que selon une enquête de la Minusca, un homme pourrait avoir démarché plusieurs femmes en leur demandant de se faire passer pour victimes, en échange de quoi il leur aurait promis qu’elles seraient inscrites sur la liste de l’Unicef et recevraient une indemnisation d’urgence.  

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Autre problème soulevé par le rapport, les enquêteurs envoyés sur place n’auraient pas été formés aux prélèvements ADN et certains ont été laissés à température ambiante de long mois durant. Une fois arrivés au laboratoire d’analyses, « la plupart étaient déjà pourris ».  

Selon Le Monde, la liste des dysfonctionnements dans cette enquête est encore longue. Contactée par nos confrères, l’ONU a confirmé l’existence de cet audit sans pour autant le commenter. Elle a par ailleurs assuré qu’elle continue de « renforcer (sa) réponse à l’exploitation et aux abus sexuels en République centrafricaine. 

La rédaction