Qui était le jeune Ivoirien de 14 ans retrouvé mort dans un train d’atterrissage à Roissy ?

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D'Abidjan à Paris, retour sur le parcours de l'enfant retrouvé mort dans un train d'atterrissage

Le jeune Ivoirien s’appelait Laurent Barthélémy Ani Guibahi. Cet adolescent de 14 ans, en classe de 4e à Yopougon, un quartier d’Abidjan (Côte d’Ivoire) a trouvé la mort en essayant de rejoindre l’Europe, caché dans le train d’atterrissage d’un Airbus. L’Agence France Presse a dressé son portrait.

Ils sont des milliers d’Ivoiriens à tenter de rejoindre chaque année l’Europe, de manière clandestine. Laurent Barthélémy Ani Guibahi aussi en rêvait. Mais ce jeune Ivoirien n’imaginait pas que le froid et l’altitude le tueraient. Il est mort à 14 ans seulement, retrouvé à Roissy Charles-de-Gaulle dans le train d’atterrissage d’un Airbus qui reliait Abidjan à Paris.

À l’énorme lycée Simone Gbagbo de Yopougon, grand quartier populaire d’Abidjan, l’équipe pédagogique est sous le choc après la révélation de l’identité du jeune Ivoirien trouvé mort à Roissy. Je suis affolé. Je me sens perdu. Le choc est brutal. On pensait à une fugue… C’est terrible à supporter !, assure Antoine Mel Gnangne, éducateur, qui encadrait régulièrement le jeune Laurent Barthélémy Ani Guibahi.

Tous les élèves pas encore au courant

Son décès ne devait être annoncé aux étudiants que ce lundi 13 janvier. Ici, 7 000 élèves s’entassent dans des salles bondées. 115 élèves par classe. Trois ou quatre enfants par banc prévu pour deux… Le lycée pratique en outre la  « double vacation »  : la moitié des élèves viennent le matin, l’autre l’après-midi.

Laurent Barthelemy était en 4e2, le matin. En ce vendredi après-midi, la salle 29 qu’il fréquentait est occupée par une autre 4e. Ses camarades de classe ont quitté l’école sans avoir appris la nouvelle. Les derniers à l’avoir vu étaient avec lui dimanche, selon une surveillante qui a parlé à ses camarades de quartier.

Quelque 7 000 élèves sont scolarisés au lycée Simone Gbagbo de Yopougon, grand quartier populaire d’Abidjan. | SIA KAMBOU/AFP

Laurent Barthelemy a disparu lundi 6 janvier. Lundi, l’enfant a pris ses affaires. Il était censé venir au cours. Ce n’est que le soir que les parents ont constaté l’absence de l’élève, se souvient Liliane NGoran, la censeure du lycée.

Le mardi matin ils sont venus à l’école parce qu’il n’a pas dormi à la maison. Nous avons constaté avec eux qu’il n’était pas en cours et c’est ainsi qu’ils ont fait l’avis de disparition que nous avons affiché partout dans et autour de l’établissement, raconte-t-elle.

« Ce n’était pas un enfant à problèmes »

L’affiche montre un jeune ivoirien frêle et pensif en tenue traditionnelle. Bon en maths et physique mais très faible en sciences humaines et français, il a écopé d’un avertissement pour travail insuffisant sur son bulletin du premier trimestre avec la mention Travail insuffisant. Concentrez-vous davantage.

Toutefois, Antoine Mel Gnangne comme l’équipe pédagogique notent qu’il se comportait bien : Ce n’était pas un enfant à problèmes. Il n’est pas mauvais. Il n’y a pas de grief d’un professeur ou d’un autre élève à son égard. Sur le plan disciplinaire, je ne lui reproche rien.

L’avis de recherche émis après la disparition d’Ani Guibahi Laurent Barthelemy. | SIA KAMBOU/AFP

Après avoir traversé toute la ville (l’aéroport se trouve à une trentaine de kilomètres de son quartier), le jeune homme a accédé au train d’atterrissage de l’aéronef en s’agrippant à celui-ci au moment où celui-ci s’apprêtait à s’élancer pour son décollage vers 22 h 55 mardi soir, selon le communiqué du ministère des Transports.

Le ministre Amadou Koné a précisé que sur la vidéo (de surveillance) on aperçoit un individu vêtu d’un tee-shirt. […] Nous pensons qu’il a eu accès à l’espace aéroportuaire en escaladant le mur. Ensuite, il s’est caché dans les espaces verts et s’est agrippé au train d’atterrissage de l’avion au moment du vol.

Sa sacoche et son tricot de sport retrouvés

 Quand on a appris la mort d’un jeune à Paris, on n’imaginait pas que c’était lui , souligne Antoine Mel Gnangne. Mais, jeudi, la gendarmerie de l’aéroport est venue avec une sacoche (trouvée près du tarmac) où il y avait des affaires d’un enfant. Ils nous ont demandés si on reconnaissait le T-shirt. C’était le tricot d’EPS qui portait l’effigie de l’établissement… Il s’agit du T-shirt des élèves de 4e. On a fait le rapprochement , explique Liliane NGoran N’Goran qui a eu confirmation de l’identité vendredi après-midi.

Nous allons annoncer ça aux élèves lundi à la montée des couleurs. À cette occasion, habituellement nous donnons des informations et consignes aux élèves, explique la censeure qui veut mettre en place des séances de sensibilisation pour expliquer que c’est dangereux.

« Je suis triste pour lui »

Des milliers des 25 millions d’Ivoiriens tentent d’immigrer clandestinement chaque année. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en nombre de migrants clandestins, la Côte d’Ivoire se situe en 3e position des pays d’Afrique de l’Ouest.

En 2017, 8 753 migrants ivoiriens arrivés en Italie étaient âgés de 14 à 24 ans, selon les chiffres du Centre de volontariat international (CEVI), une ONG italienne.

Je n’ai jamais imaginé prendre l’avion pour fuir. Je suis triste pour lui, confie Yasmine Gnekebo, élève de 4e, qui a appris la nouvelle par un gardien du lycée. Je ne le connaissais pas mais ça me fait mal parce qu’il est en 4e. Il n’a rien vu de 2020 et il est mort.