Madagascar : une saison des pluies anormalement dévastatrice

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Madagascar : une saison des pluies anormalement dévastatrice

De fortes précipitations ont entraîné la mort de 32 personnes et fait quelque 16 000 déplacés, selon un bilan provisoire.

C’est une saison des pluies des plus meurtrières pour Madagascar. Depuis plusieurs jours, les réseaux sociaux montrent une eau rouge-marron, chargée de boue et de latérite, qui emporte tout sur son passage : habitations en bois, pirogues, arbres… Selon la présidence, sept régions ont été sévèrement touchées par de fortes précipitations du lundi 19 au mercredi 21 janvier. Vendredi, le président Andry Rajoelina s’est rendu en hélicoptère dans les zones de Mahajamba et de Mitsinjo pour distribuer des kits de survie aux sinistrés et évacuer certaines familles. Puis, dans la soirée, le premier ministre Christian Ntsay a déclaré par décret l’état de « sinistre national », ce qui a permis de débloquer l’aide internationale.

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Pourtant habitués aux cyclones et aux dépressions qui sévissent régulièrement de novembre à avril, les habitants de la région de Mahajanga (ouest) se sont laissé surprendre par la violence des intempéries. « L’eau est montée progressivement, mais la population n’a pas eu le courage d’abandonner les villages dès nos premières alertes, déplore Tolotriniaina Rakotonindrina, chef de district de Mahajanga II. Comme ce n’était pas un cyclone, ils ne se sont pas méfiés. » Aujourd’hui, la moitié des 14 000 habitants de son district sont sinistrés. « Ma sœur est encore coincée sur un toit », témoignait Rakotoniaina, un agriculteur du coin joint par téléphone dimanche.

Eau contaminée

Dans son dernier bulletin daté du 26 janvier, le Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC) faisait état de 16 000 déplacés et plus de 1 500 habitations détruites. Le nombre de morts, 32, est bien plus élevé que lors du passage du cyclone Belna, qui a frappé Madagascar début décembre et causé le décès de deux personnes. Selon le BNGRC, les populations ont été surprises par la montée rapide des eaux. « Les victimes sont décédées pour plusieurs raisons, détaille son directeur, le colonel Elack Olivier Andriakaja. Il y a eu des éboulements de terrain, ou elles se sont retrouvées coincées dans leurs habitations par la montée des eaux, ou encore leurs pirogues empruntées pour fuir les inondations se sont renversées. Et on a aussi relevé des cas de décès par hypothermie. »

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A ces dangers, il faut désormais ajouter celui de l’eau contaminée par les latrines ou les cadavres d’animaux. Un phénomène bien connu qui augmente considérablement le risque de dysenterie au lendemain des catastrophes. « Désormais, le plus gros défi est l’acheminement des vivres, des médicaments et des produits pour rendre l’eau potable, poursuit M. Andriakaja. Toutes les routes sont coupées et certains villages, déjà difficilement atteignables en temps normal, sont inaccessibles, même si l’eau commence progressivement à baisser. »

Lundi après-midi, une réunion s’est tenue entre le ministère des finances, le BNGRC, la Banque mondiale et les agences des Nations unies (PNUD, Unicef, FAO), pour décider de la marche à suivre. « Beaucoup de sinistrés sont actuellement dans des centres d’hébergement », témoigne Lahiniaina Ravelomahy, le préfet de Mahajanga, qui a suivi de près la supervision des opérations et, faute de suffisamment de bâtiments en dur, a parfois dû envoyer des tentes. 

Déforestation

A ceux qui se demandent pourquoi de simples pluies ont entraîné un tel bilan, Ndranto Razakamanarina, le président de l’Alliance Voahary Gasy, une ONG de défense de l’environnement, répond que « le changement climatique est le premier responsable ». « Maintenant, la pluviométrie à l’année est difficilement différenciable de celle de la saison des pluies et son intensité est difficile à anticiper. Les périodes d’inondation et de sécheresse, toujours plus violentes, vont désormais se succéder, prédit-il. Et l’autre point, c’est la déforestation. » Selon l’écologiste, le manque d’arbres empêche l’eau de s’évacuer correctement dans la région de Boeny, l’une des plus touchées par la déforestation.

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« Dans le monde entier, on a constaté que les sols mis à nu provoquent des inondations aggravées », renchérit Jean-Philippe Palasi, directeur exécutif du think tank Initiative for Development, Ecological Restoration and Innovation (Indri) : « Ici, la latérite ne retient pas l’eau des pluies, d’où la couleur rouge des rivières. A l’inverse, la pluie qui tombe sur la forêt est en grande partie retenue par l’humus et la végétation, ce qui donne des rivières plus propres, au débit bien plus régulier. » Selon le Global Climate Risk Index 2020, Madagascar fait partie des 20 pays les plus vulnérables aux changements climatiques.