CES DEUX « FRERES ENNEMIS »

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CES DEUX « FRERES ENNEMIS »

La politique est une mise en scène permanente et perpétuelle. Souvent à la conquête du pouvoir d’Etat, ou à l’œuvre du pouvoir, chaque acteur s’efforce à jouer pleinement le rôle à lui confié. La règle ici, c’est que tout est possible.

A chaque film ses réalités. Il faut juste accepter d’être acteur. Farouche adversaire hier, les acteurs peuvent devenir aujourd’hui les meilleurs alliés et vice-versa surtout sous nos tropiques où les alliances politiques sont plus circonstancielles qu’idéologiques. Adversaire hier, on peut être lié par un même sort aujourd’hui.

La politique a ses réalités que les acteurs eux-mêmes ignorent. Guillaume Soro est déclaré persona non grata en Côte d’Ivoire depuis le lundi 23 décembre de l’année dernière. Ce jour-là, l’avion du président de Génération et Peuples Solidaires (GPS), Guillaume Soro prévu pour atterrir à Abidjan en provenance de Paris après un long séjour européen s’est détourné de sa trajectoire pour atterrir au pays de Kwamé N’kruma.

Ses ex-alliés venaient de lancer à son encontre un mandat d’arrêt international pour tentative de déstabilisation et détournement de deniers publics. L’ex-enfant chouchou de la république devenait par concours de circonstances l’enfant le plus « maudit » de la même république. Le voici désormais au cœur d’un tourbillon politico-judiciaire.

Alors que les infractions à lui imputées portent sur « tentative de déstabilisation, détournement de deniers publics, recel et blanchiment de capitaux », seules celles de « recel de deniers publics et blanchiment de capitaux » ont été évoquées par les juges qui le condamnent par contumace, mardi 28 avril, au cours d’un procès quasiment expéditif, à 20 ans d’emprisonnement ferme, 4.5 milliards FCFA d’amende et 5 années de privation de ses droits civiques.

Ce mardi 28 avril là, le sort de celui qui était il y a peu encore le “fils” de papa Ouattara venait d’être scellé en quelques heures, comme celui d’un vulgaire voleur de moutons, au tribunal correctionnel d’Abidjan. Ses ambitions présidentielles pour les échéances électorales d’octobre 2020 venaient elles aussi de s’envoler.

Comme si cela ne suffisait pas , une autre plainte vient d’être déposée contre Guillaume Soro à Paris. Cette plainte émane quant à elle des avocats de 6 personnes qui se sont constituées parties civiles et accusent l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne de « torture, assassinat et crimes de guerre » pour des faits commis lorsqu’il était le chef des Forces nouvelles entre 2003 et 2011.

L’ex-fesciste, ex-chef rebelle, ex-ministre, ex-premier ministre, ex-président de l’Assemblée nationale et désormais exilé politique en France est dans de beaux draps. Ses proches collaborateurs eux, croupissent dans différentes prisons du pays. Hier maillon fort pour ne pas dire essentiel du dispositif ADO, l’acteur Guillaume Soro est dans un nouveau rôle. Et pendant ce temps, à La Haye au Pays-bas, un autre acteur, l’ex-chef de la galaxie patriotique, Charles Blé Goudé , lui aussi condamné par contumace par la justice ivoirienne à vingt ans de prison, 10 ans de privation de ses droits civiques et 200 millions de francs CFA » de dommages et intérêts à verser aux victimes attend impatiemment de recouvrer sa liberté totale après son acquittement par la Cour pénale internationale dans un autre procès qui l’oppose à la procureure Fatou Bensouda pour crime contre l’humanité.

Comme on peut le voir, nos deux acteurs Guillaume Soro et Charles Blé Goudé, deux acteurs appartenant à la même génération, deux ex-compagnons de la Fesci, deux acteurs dont les rôles diffèrent en fonction de la nature du film, sont aujourd’hui en exil, bien loin de leur terre natale. Ils sont tous deux dans le collimateur du régime d’Abidjan.

Si le cas Blé Goudé s’inscrit dans l’ordre normal des choses parce que fidèle parmi les fidèles de l’ex-président Laurent Gbagbo, nombreux sont ceux qui ne réalisent pas encore que Soro Guillaume soit éloigné d’Abidjan par un régime qu’il a installé au prix de sa vie. Voici ce que c’est que la politique. Elle n’est pas une science exacte. Avec elle, rien n’est acquis pour ne pas dire « géré, bouclé et callé ».

De Kouassi pour Diaspotv