En Tunisie, Hichem Mechichi, ministre de l’intérieur, désigné chef du gouvernement

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En Tunisie, Hichem Mechichi, ministre de l’intérieur, désigné chef du gouvernement

Cet ancien chef de cabinet des ministères du transport, des affaires sociales et de la santé, a un mois pour former son gouvernement.

A la surprise générale, Kais Saïed, le chef de l’Etat tunisien, a désigné samedi 25 juillet Hichem Mechichi, l’actuel ministre de l’intérieur, comme nouveau chef du gouvernement. Ce dernier dispose d’un mois pour former une équipe en espérant obtenir la confiance du Parlement, après la démission, le 15 juillet, du premier ministre, Elyes Fakhfakh, aux prises avec des accusations de conflit d’intérêts.

Agé de 46 ans, ce juriste de formation, comme le président de la République, est un haut fonctionnaire, diplômé de l’Ecole nationale d’administration de Tunis. Il a été chef de cabinet de plusieurs ministères – travaillant avec des responsables issus de diverses tendances politiques –, notamment aux affaires sociales ou à la santé. Au lendemain de la révolution, en 2011, il est affecté à la Commission nationale d’investigation sur les faits de corruption et de malversation durant la dictature.

Sa récente ascension a été fulgurante. Au début de l’année 2020, il a été nommé au cabinet de la présidence à Carthage en tant que conseiller chargé des affaires juridiques. Il n’occupe ce poste qu’une dizaine de jours avant d’être propulsé ministre de l’intérieur. Discret durant son passage au ministère ces cinq derniers mois, il n’a pas revendiqué d’affiliation politique. M. Mechichi est le premier chef du gouvernement issu du nord-ouest du pays, une région économiquement et politiquement marginalisée.

Dissoudre l’Assemblée

En faisant ce choix, Kais Saïed balaie d’un revers de main les propositions de tous les partis politiques et prolonge l’incertitude. Cet inconnu du grand public pourra-t-il former une équipe d’ici un mois, soit le 26 août ? Obtiendra-t-il la confiance du Parlement ? Dans l’affirmative, le chef de l’Etat aura un homme de confiance à la présidence du gouvernement. Si ce n’est pas le cas, il pourra toujours dissoudre l’Assemblée.

Une prise de risque qui démontre que Kais Saïed se refuse d’entrer dans les tractations. Quelle que soit l’issue, c’est bien le chef de l’Etat qui conforte ainsi sa position de chef d’orchestre de la scène politique tunisienne. D’autres candidats avaient la certitude d’avoir la majorité au vote de confiance du Parlement. Deux personnalités proches du parti Qalb Tounes revenaient de manière insistante dans les propositions écrites des formations politiques. Ce mouvement a été fondé par le controversé homme des médias Nabil Karoui, encore poursuivi pour blanchiment d’argent et évasion fiscale. Mais jusqu’à présent, le chef de l’Etat le considère comme infréquentable en raison de ces soupçons de corruption pesant sur son fondateur.

« Perte de temps »

Kais Saïed prouve également son manque de considération pour les partis politiques comme acteurs fiables dans la vie institutionnelle de la Tunisie. En recevant Hichem Mechichi, samedi, il a fustigé « la perte de temps » que subissent les Tunisiens en l’absence de gouvernement stable depuis les élections législatives de l’automne 2019. Loin des discours protocolaires, le chef de l’Etat a critiqué ceux qui « ont tenté de nous embarquer dans une guerre civile », sans toutefois donner de noms. Et il a rappelé que « la paix sociale est sacrée autant que le respect de la loi. Nous respectons la légitimité, mais il est plus que temps de la réviser afin qu’elle soit l’expression la plus fidèle de la volonté de la majorité. »

Ces propos font écho à ceux qu’il avait formulés dans la caserne des forces spéciales de l’armée et lors d’une visite du ministère de l’intérieur, dans la nuit du 21 au 22 juillet. Martial, Kais Saïed avait alors déclaré : « Je me présente à cette caserne en cette heure tardive pour montrer à tous ceux qui veulent remettre en cause la légitimité, de l’intérieur ou de l’extérieur du pays, à ceux qui complotent de l’étranger contre la Tunisie, que les forces armées feront face à ces velléités. »

Alors que la Tunisie connaît une polarisation de plus en plus marquée du paysage politique, Rached Ghannouchi, président du parti islamo-conservateur Ennahda, déterminant dans la chute de l’actuel chef de gouvernement Elyes Fakhfakh, pourrait être lui-même déchu du perchoir de l’Assemblée jeudi 30 juillet. Un scénario qui pourrait encore rebattre les cartes.

Mohamed Haddad