Afrique : l’appel des producteurs de bananes à l’Europe

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Face à la concurrence latino-américaine, les pays africains producteurs de bananes ont appelé à la mise en place d’un nouveau mécanisme de régulation alors qu’une guerre des prix fait rage et que l’appui financier de l’Union européenne aux pays ACP s’achève en 2019.

Les perspectives ne sont pas des plus optimistes pour les pays africains producteurs de bananes. Face à la concurrence latino-américaine, les exportations vers l’Europe reculent. Depuis l’an dernier, les prix se sont effondrés. Sans parler du fait que l’appui de l’UE à cette filière doit prendre fin le 31 décembre. De mauvaises nouvelles qui ont fait réagir ces pays producteurs bien décidés à trouver un nouveau mécanisme de régulation avec l’Union européenne. En effet, d’année en année, l’avantage zéro droit de douane à l’entrée sur le marché européen est devenu moins intéressant pour les producteurs de pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) puisque les pays concurrents d’Amérique latine ont vu leurs droits de douane progressivement réduits depuis l’accord de 2009. Aujourd’hui, les bananes d’Équateur, du Costa Rica, du Guatemala ou de Colombie constituent les trois quarts de l’approvisionnement européen. Comment les pays africains vont-ils s’y prendre ? Quelle carte l’Afrique peut-elle jouer dans cette guerre des prix ?PUBLICITÉ

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Fin de l’appui financier de l’UE

Jobst von Kirchmann, le représentant de l’UE, a été formel « le mécanisme de stabilisation ne sera applicable que jusqu’au 31 décembre 2019, et sa prolongation au-delà de 2019 n’est pas possible, car la non-continuation fait partie des accords de libre-échange entre l’Union européenne et les pays d’Amérique latine. » En effet, selon lui, « le comportement des consommateurs dans l’Union européenne a changé : l’accent est mis aujourd’hui sur les aspects sociaux, l’environnement et la santé. Ce changement de comportement s’est traduit dans une pression sur les institutions européennes à laquelle elles ne peuvent se soustraire », a-t-il expliqué, lors d’une rencontre avec l’association panafricaine de producteurs et d’exportateurs de bananes, Afruibanana.

« À première vue, ça semble peut-être comme un obstacle, mais cela peut représenter aussi une opportunité pour les bananes venant de pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), car les conditions de travail, la protection de l’environnement et la santé de consommateurs dans le processus de production joueront un rôle de plus en plus important », a-t-il ajouté.

Les pays ACP veulent agir pour sauver la filière

En face, les pays producteurs membres de l’organisation Afruibana, qui représente producteurs et exportateurs de plusieurs pays d’Afrique et des Caraïbes ne sont pas du même avis. Ils ont donc proposé « à l’Union européenne la mise en place d’un système de régulation du marché européen de la banane, en accord avec l’ensemble des trois parties (UE, ACP, Amérique latine) prenantes pour permettre à toutes les origines d’exister et de se développer, sans tomber dans une guerre des prix qui serait tout aussi néfaste pour le consommateur que pour le producteur européen, ACP ou latino », peut-on lire dans un texte baptisé « Appel d’Abidjan ».

Leur objectif désormais est de parvenir a l’élaboration d’un « nouveau programme d’accompagnement qui répond d’une part aux stratégies nationales spécifiques et d’autre part à la stratégie globale actuelle des pays ACP pour faciliter et appuyer leur accès à l’investissement privé en vue du développement des capacités locales de production ».

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La filière banane africaine représente 60 000 emplois directs. Son principal débouché commercial est l’UE qui absorbe 90 % de la production africaine. Pour exemple, un pays comme la Côte d’Ivoire qui est le premier producteur mondial de bananes a déjà bénéficié d’un appui européen de 22,4 milliards de FCFA (34,1 millions d’euros), durant la période 1993-1995 et de 22,3 milliards FCFA (34 millions d’euros) entre 1999 et 2008. Après dix années de crise qui ont affaibli le secteur, la Côte d’Ivoire, de nombreux opérateurs investissent. Le pays a l’ambition d’atteindre une récolte de 500 000 tonnes en 2020 contre 350 000 t en 2017. Outre l’Europe, qui engloutit 5,7 millions de tonnes de bananes par an et 80 % de la production ivoirienne, les planteurs du pays lorgnent le marché régional, qui pourrait assurer des débouchés supplémentaires.

Une longue « guerre de la banane » avait débuté en 1993 entre l’Europe et les grands pays producteurs d’Amérique latine, quand l’UE avait décidé d’accorder un régime douanier préférentiel aux pays ACP, pour la plupart d’anciennes colonies européennes. Les pays d’Amérique latine avaient porté l’affaire devant l’Organisation mondiale du commerce, jugeant ces préférences douanières illégales. Les deux parties avaient finalement conclu un accord en 2009, en planifiant la diminution progressive des droits de douane sur les « bananes dollars », produites en Amérique latine.

L’UE avait accordé un programme d’aide aux pays ACP sur la période 2013-2019, visant à améliorer la compétitivité, les conditions environnementales de production, la qualité de vie des travailleurs et à développer le marché local et régional de la banane.

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