COTE D’IVOIRE : LAURENT GBAGBO, UN HOMME ATYPIQUE

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COTE D'IVOIRE : LAURENT GBAGBO, UN HOMME ATYPIQUE

Je n’aime pas les débats entre « Gors » et « Affidés ». Je fuis les débats entre « Adorateurs » et « Soroistes ». Débats entre « Gors » et « Adorateurs », c’est la totale.

Ici, on ne se fait pas de cadeau. Les enfants de cœur n’y ont pas leur place. Ça tire dans tous les sens. Si c’était seulement des militants de base qui se tiraient là-dessus comme ça, j’allais dire que ce n’est pas bien grave. Dans ces débats, vous verrez des militants très bien formés et instruits agir comme des « incirconcis politiques ».

Ici, la passion, le fanatisme, l’émotionnel et « gourouisme » ont pris le dessus sur la raison et l’objectivité. Ici, l’autre a toujours tort. Ici, on défend même l’indéfendable. Ici, tout ce que mon leader fait est normal. Mon leader a un pouvoir divin. Ne touche pas à mon « fétiche » un point un trait. Je me suis souventes fois demandé si certains disciples connaissent vraiment leurs leaders ?

UN HOMME EXCEPTIONNEL

Le cas du président Laurent Gbagbo m’intéresse particulièrement pour plusieurs raisons. D’abord, parce que l’Homme a beaucoup écrit et j’ai pris de mon temps pour parcourir ses écrits, il a profondément marqué l’histoire de notre pays, il est devenu encore plus célèbre depuis qu’il a été détenu dans les prisons de la CPI, son combat avec le procureur de la CPI est devenu plus qu’un cas d’école et risque de bouleverser les choses dans toutes les facultés des sciences juridiques. L’homme a un destin atypique. Je suis le parcours de l’homme depuis l’avènement du multipartisme dans notre pays

REGARDONS DANS LE RETROVISEUR 1990.

Avènement du multipartisme. Le président Félix Houphouët-Boigny affronte pour la première fois un opposant (Laurent Gbagbo) lors du scrutin présidentiel. Alors que certains de ses partisans réclament en silence sa victoire face au bélier de Yamoussoukro, lui, revendique une victoire sur la démocratie. Au nom de la stabilité de son pays, il dira ceci, « C’est une victoire pour moi de m’être opposé à Houphouët-Boigny. L’histoire est en marche ». Fin de citation.

En 1993, à la mort de son rival politique, alors que certains de ses partisans nourrissaient certaines ambitions, lui, appelle au rassemblement de tous les ivoiriens pour organiser des funérailles au père fondateur de la Côte d’Ivoire moderne. Il conduira lui-même une forte délégation de son parti aux obsèques du « VIEUX ». Ici encore au nom de la stabilité.

1993-1995.

Guerre sans merci entre les héritiers du père fondateur. Un concept (IVOIRITE) va sortir des laboratoires du PDCI. Concept mal expliqué et très mal récupéré par les dissidents du PDCI qui venaient de créer un nouveau parti le RDR. Dans cette guerre entre héritiers, Laurent Gbagbo le « nationaliste », le farouche opposant à Houphouët, va créer avec la nouvelle dissidence, le nouveau parti né des entrailles du PDCI le Front républicain (1995) au nom de la politique et dans une logique d’affaiblissement du parti rival.

En 1999, le premier coup d’Etat de l’histoire de notre pays. Applaudi par les uns et condamné par les autres. Lui, le père du multipartisme, le démocrate, donnera sa caution à certains cadres de son parti pour leur participation au gouvernement mis en place par la junte militaire. Encore au nom de la politique. Chacun peut aujourd’hui encore apprécier cette participation comme il veut et comme il peut.

En 2000, le Chef de la junte militaire, le Général Guei, va ôter son treillis contre le costume et organisera une élection après qu’un référendum sur la nouvelle constitution est rédigé par un comité d’experts. La suite des élections on la connait. Sous la pression de la rue et des sympathisants et militants de gauche, le Général Guéi et ses éléments abandonnent le palais du plateau et l’ opposant Laurent Gbagbo prête serment le 26 Octobre 2000. Nous sommes en politique. Au même moment, Bédié est en exile en France, Guéi en « exile » dans son village, le nouvel Homme fort du pays au nom cette fois-ci de la réconciliation va organiser un forum de la réconciliation qui Dieu merci va enregistrer la présence effective des principaux acteurs de la vie politique ivoirienne.

Alors qu’on était à se demander sur les résolutions de ce forum, une rébellion viendra couper le pays en deux avec son corolaire de destruction en vies humaines et en dégâts matériels. Commencent des rencontres entre les acteurs pour la recherche de la paix. Lomé 1 et 2, Marcoucis, Pretoria 1, 2.. Accra 1,2.. Finalement, c’est au pays des Hommes intègres et précisément à Ouagadougou qu’un accord sera trouvé (2007). Alors que le Chef de la rébellion (Guillaume Soro) était persona non grata à Abidjan, Laurent Gbagbo au nom de la paix arrive à le faire accepter comme son premier ministre.

Au nom de la paix et de la politique. 2010. L’élection présidentielle est organisée aux termes d’un long marathon diplomatique. Au deuxième tour de ces élections, le candidat et président sortant Laurent Gbagbo affronte le Champion des républicain qui a le soutien des partis membres du RHDP crée en 2005 et qui regroupe l’ensemble des houphouétistes, des « houphouétiens » et même des « houphouetologues ». Une sorte de match retour entre Houphouët et Gbagbo de 1990 mais cette fois-ci entre Gbagbo et les héritiers d’Houphouet.

Un grand débat désormais inscrit en lettre d’or dans les annales d’histoire sera organisé entre les deux prétendants (Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara). La suite on la connait. Le 11 Avril 2011, Laurent Gbagbo est aux mains de ses adversaires qui ont pris leur quartier à l’hôtel du Golf. Aux mains de ses adversaires, voici sa réponse à une question à lui posée par un journaliste à savoir son message à la population : « j’ai demandé que les combats cessent pour donner chance au débat politique ».

Encore au nom de la sacro-sainte politique. S’assoir et discuter. Toujours « asseyons-nous et discutons ». Discutons toujours et discutons. Ma conclusion : Laurent Gbagbo n’est pas un jusqu’auboutiste. Il n’est pas un extrémiste. Il aime le débat politique. Il donne à chaque fois une chance au dialogue avec ses adversaires même dans les pires moments de son existence politique.

Il est historien et enseignant de par sa formation académique mais politicien de métier. Ceux qui l’ont côtoyé disent qu’il est généreux et humaniste. Il se sait mortel et je le cite : « si je tombe, enjambez mon corps et continuez le combat ». Nous sommes au plus fort de la crise post-électorale. Voici donc l’Homme que j’ai appris à connaitre à travers ses écrits et son parcours depuis maintenant 30 ans.

Emmanuel de Kouassi pour Diaspotv