Si l’Europe manque son rendez-vous avec l’Afrique, elle manquera celui avec l’Histoire.

0
146
Si l’Europe manque son rendez-vous avec l’Afrique, elle manquera celui avec l’Histoire.

ENTRETIEN. Pour Neven Mimica devenu commissaire européen à la Coopération internationale et au Développement depuis cinq ans, l’Europe et l’Afrique sont à un tournant crucial de leurs relations.

Propos recueillis par Malick Diawara

Dans le contexte actuel de guerre commerciale, l’Europe et l’Afrique, qui pendant longtemps ont été les signataires des plus grands accords entre pays du Nord et pays du Sud, ont une partition particulière à jouer pour résister ensemble aux défis économiques, sociaux et même politiques de ce début de XXIe siècle. C’est tout le sens du propos du Croate Neven Mimica qui a pris en novembre 2014, au sein de la Commission européenne présidée par Jean-Claude Juncker, la tête de la direction Coopération internationale et Développement. À la veille de l’entrée en action de la nouvelle Commission présidée par l’Allemande von der Leyen, Neven Mimica explique combien, prenant conscience des bouleversements à venir, la Commission a mis en œuvre des outils intégrant le nécessaire changement de paradigmes auquel le formidable potentiel de l’Afrique appelle. À ses yeux, au nord et au sud de la Méditerranée, l’heure est à la construction d’une maison économique commune afin de partager les atouts de l’un et de l’autre.

Le Point Afrique : L’Afrique est aujourd’hui en pleine mutation. Quel regard l’Europe pose-t-elle désormais sur elle afin de mieux l’accompagner et d’initier des actions non pour l’Afrique mais avec l’Afrique ?

Neven Mimica : Laissez-moi répondre à votre question par deux chiffres. L’Union européenne est déjà aujourd’hui le premier partenaire commercial de l’Afrique, avec 36 % du commerce africain de marchandises. Comparons cela avec les 17 % de la Chine et les 6 % des États-Unis. L’Union européenne est aussi le principal investisseur en Afrique, avec un investissement direct des États membres de 283 milliards en 2018, à comparer avec les 49 milliards des États-Unis et les 36 milliards de la Chine.

Ces chiffres révèlent à eux seuls l’importance du partenariat entre l’Europe et l’Afrique. Mais il faut aujourd’hui passer à la vitesse supérieure. La raison est simple : nos deux continents font face à de nouveaux défis qu’ils ne pourront affronter qu’ensemble. Nous sommes à un tournant : l’Afrique est un continent en plein essor, au potentiel économique et humain colossal. C’est un géant en devenir, aux portes de l’Europe. Et si l’Europe manque son rendez-vous avec l’Afrique, elle manquera celui avec l’histoire.

La Commission européenne a lancé en septembre 2018 l’Alliance Afrique-Europe. Voulez-vous nous en donner les axes essentiels ?

L’Alliance Afrique-Europe pour des investissements et des emplois durables part d’un constat simple et connu de tous : l’aide publique au développement n’a jamais suffi, ne suffit pas et ne suffira jamais. C’est le secteur privé qui porte aujourd’hui le plus grand potentiel de développement. Nous avons donc voulu nous doter d’une stratégie et d’instruments visant à encourager le secteur privé européen et africain à investir davantage en Afrique, avec un objectif : y créer plus de croissance et plus d’emplois. Notre message aux entreprises est simple : investissez en Afrique, c’est un pari gagnant !

Pour Neven Mimica, il faut intégrer une réalité : « C’est le secteur privé qui porte aujourd’hui le plus grand potentiel de développement. » © FABRICE COFFRINI / AFP

Pour réussir ce pari, nous avons identifié quatre domaines prioritaires d’action. D’abord stimuler davantage les investissements en Afrique, notamment par le partage du risque qui aujourd’hui freine trop souvent les investissements privés. Ensuite, renforcer notre soutien à l’éducation et à la formation professionnelle. Chaque année, l’Afrique doit créer 18 millions de nouveaux emplois pour absorber les jeunes entrants sur le marché du travail. C’est un défi considérable, peut-être le plus grand défi auquel nous serons confrontés dans les années à venir. Il faut absolument donner à ces jeunes des formations adaptées aux besoins du marché. Un troisième prioritaire d’action est l’amélioration du climat des affaires et des investissements. Enfin, l’Alliance va renforcer l’intégration économique et commerciale, à la fois entre les pays d’Afrique, mais aussi entre l’Afrique et l’Europe, avec à long terme la perspective d’un accord de libre-échange économique entre nos deux continents.

Pour favoriser les investissements privés, l’UE s’est dotée d’un plan d’investissement extérieur de 4,5 milliards d’euros sur la période de 2018 à 2020. Qu’est-ce qui montre aujourd’hui que ce plan fonctionne et a des effets positifs sur le terrain ?

Pour accélérer les investissements privés, il nous faut de nouveaux instruments qui ont pour but de réduire les risques pris par les investisseurs et ainsi stimuler davantage d’investissements. Via notre plan d’investissement extérieur, nous avons prévu de mobiliser 4,5 milliards d’euros, qui devraient générer 44 milliards d’investissements publics et privés en Afrique et dans les pays du voisinage, dont le Maghreb. Mieux encore, dans le cadre de notre prochain budget 2021-2027, nous avons prévu d’allouer 60 milliards d’euros pour ce genre de mécanisme financier permettant de réduire les risques pour les investisseurs.

Laissez-moi vous donner un exemple concret du genre d’initiative soutenue par ce plan. Nous avons signé en décembre un accord avec une banque néerlandaise de développement. L’objectif est de faciliter les emprunts à des taux abordables pour les entrepreneurs sous-financés – tels que les PME, les réfugiés, les rapatriés, les déplacés internes, les femmes et les jeunes. Cette initiative à elle seule pourrait contribuer à créer 800 000 emplois.

L’un des maîtres-mots à ce jour en Afrique est la création de chaîne de valeur. Comment l’Europe entend-t-elle accompagner l’Afrique dans ce chantier ?

Nous soutenons chaque étape de la chaîne de valeur. Prenons l’exemple du cacao. Nous accompagnons la production, la transformation, le processus de certification pour répondre aux exigences phytosanitaires des marchés internationaux, le transport, l’exportation et la commercialisation de la barre de chocolat que le consommateur trouvera près de chez lui. Nous agissons avec le souci constant de maximiser les revenus des différents acteurs de la filière, car c’est essentiel pour que les opérateurs économiques vivent de leur activité, investissent et créent de l’emploi.

Source : Le point Afrique

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici